Titre : 泰姆山記 (Récit de la montagne Taimu) (1984)

Auteur : 李喬 (LEE Qiao) (1934~)

La montagne Taimu existe-t-elle ? Son nom même, Tay Wuh Shan énoncé en langue aborigène, garde à tout jamais son mystère. Nous découvrirons cependant une curieuse filliation : la montagne Taimu est l’aïeule, le mont de Jade son fils aîné, la montagne de Neige au nord son deuxième enfant, les deux monts Taiwu au sud les plus jeunes de ses fils, des jumeaux ; enfin le mont Wushan est le fils du mont de Jade ! (1) Gardons également à l’esprit,  qu’à l’instar de toute les sommets de sa parenté, la montagne Taimu marche, se déplace et ne se laisse gravir que par une minorité d’initiés profondément respectueux des sommets montagneux car la Montagne est avant tout mère de la nature et source de toute vie.

Yu Shiji (余石基) en gravira les flancs, mais n’en reviendra pas. Jeune professeur de musique, il a dû abandonner son violon et se déguiser en marchand de nouilles pour fuir le Nord de Taïwan. Au lendemain du massacre 228, il ne fait pas bon être un homme à la fleur de l’âge. La répression menée par les armées du Kuomintang s’en prend aveuglement à tous et mieux vaut fuir avant même de chercher à savoir si l’on a quelque chose à se reprocher. Le crime de Yu Shiji n’était autre que d’avoir fréquenté une poignée d’opposants au nouveau régime en place à Taïwan.

Yu Shiji décide de se rendre auprès d’un ami, le vieux chef aborigène Wayung (瓦勇). Ce grand sage qui parle le langage des montagnes, entend les pleurs des rivières et connaît les secrets de la nature, n’avait-il pas entendu la terre soupirer juste avant le massacre 228 ? Wayung saura le cacher. Non dans son village, trop surveillé, mais en lui indiquant le chemin menant à la montagne Taimu. Malheureusement, Yu Shiji y sera rattrapé par un chasseur de tête, persuadé de tenir en lui un dangereux criminel dont la tête est mise à prix. L’un et l’autre, victimes des serpents, impitoyables gardiens de la montagne, connaîtront une fin différente. Tandis que l’homme vil et fourbe mourra dans d’atroces souffrances et d’infinis regrets, Yu Shiji trouvera la sérénité dans la contemplation de la montagne. Il s’éteindra, s’abandonnera à la nature et retournera à la terre, à sa terre, sa merveilleuse terre de Taïwan.

L’auteur dépeint une fois de plus la répression politique, en dénonçant cette fois-ci non le colonisateur japonais mais le gouvernement Kuomintang. Mais ce très beau récit sur fond historique est surtout une ode à la nature, à la beauté de l’île de Taïwan, aux croyances animistes aborigènes ainsi qu’à l’amitié entre populations aborigènes et allogènes taïwanaises, en particulier face à l’adversité.

Note 1 :「泰姆山,是老祖母;玉山是大兒子,北部的雪山是第二個孩子,南部的兩座太武山是雙生子,最小的兒子;那霧山還是玉山的兒子呢!」Une rapide recherche ne m’a pas permis de retrouver deux monts Taiwu, il n’en existerait qu’un sur l’île de Kinmen. Quant au mont Wushan (霧山) il devrait s’agir du mont Azhaowushan (阿罩霧山) du district Wufeng près de Taichung.

Il existe une version en ligne de cette nouvelle.

 

 

 

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