Titre : 恐男症 (Androphobie) (1983)

Auteur : 李喬 (LEE Qiao) (1934~)

Li Qiao est né dans le district de Miaoli. Enfant chétif, il fut confronté à la maladie, à la mort de sa soeur aînée, à l’absence de son père, résistant anti-japonais et à l’extrême pauvreté à laquelle lui et ses frères et soeurs survécurent grâce à l’opiniatreté de sa mère. Très jeune, et bien que d’ethnie hakka, il fréquenta tout à la fois un vieux Chinois continental et un chef de tribu aborigène. Fort imprégné de philosophie bouddhiste, il se converti au protestantisme. Les influences de Li Qiao semblent être multiples et les thèmes abordés dans ses nouvelles sont extrèmement divers : nature et animisme, superstitions et tabous, souffrances de la vie et petitesse de l’être humain, résistance à la colonisation japonaise, à l’oppression politique en général, au sexisme de la société en particulier.

En 2000, le président Chen Shui-bian le nomma conseiller de politique nationale auprès de la Présidence (國總統府國策顧問) et en 2006 il se vit décerner le Prix National des Arts (國家文藝獎) en section littérature.

Le personnage central d’Androphobie, Yang Shifen (陽世芬), employée à la comptabilité d’une coopérative, ne peut se faire à l’idée de devoir quitter son emploi pour cause de mariage. Il était alors fréquent en cette période de l’histoire taïwanaise (note) que l’on exige le célibat des jeunes femmes employées dans les banques et le secteur privé en général. Impossible d’y réchapper car la lettre de démission était signée dès l’entrée en fonction et faisait automatiquement effet le jour du mariage. Certes Shifen et son promis avaient vécu secrètement en concubinage quelques années mais maintenant qu’elle attendait un enfant il n’était plus possible de tromper supérieurs hiérarchiques et collègues.

Shifen refusera d’admettre cette démission automatique et persistera à retourner à son travail. Son supérieur, décidé à lui rappeler son engagement, jettera sur son bureau la lettre de démission, « lettre roulée en un cylindre de papier gros comme un gros orteil, long d’une vingtaine de centimètres » et prenant bizarrement une étonnante couleur chair… Shifen perd aussitôt conscience et ne retrouvera ses esprits qu’après avoir été ramenée chez elle.

Va commencer un long calvaire psychologique pour Shifen. Cette jeune femme pourtant équilibrée, à la vie sexuelle épanouie, va devenir obsédée par le sexe masculin. Vaincue professionnellement par le machisme de ses supérieurs, elle renonce à son droit au travail et se referme sur elle-même, se soumettant, honteuse, au phallus. Celui-ci l’obsède et la contraint à chaque moment de sa vie. Cette phobie du phallus la retiendra de se confier à son mari mais aussi de le satisfaire. Elle n’osera changer les couches de son fils et éprouvera de la difficulté à détourner le regard de l’entrejambe des amis masculins de son époux. Elle qui n’a jamais été liciencieuse tentera de se soigner en visionnant des films érotiques, mais rien n’y fera. L’obsession demeure.

L’épilogue ? Shifen qui sent sa vie lui échapper se tournera vers un psychiatre, un homme-psychiatre. Car le comble dans cette société machiste est que c’est en vain qu’elle cherchera désespéremment une femme psychiatre à qui se confier. C’est donc aux directives d’un homme psychiatre qu’elle se soumettra dans l’espoir de guérir de son androphobie.

 

Note : l’obligation faite aux femmes de quitter leur emploi au mariage (en anglais marriage bar) que connut Taïwan comme de nombreux autres pays tels le Japon ou l’Irlande, disparut à partir de la fin des années 70 pour le secteur bancaire puis dans le courant des années 80 dans l’ensemble du secteur privé. La raison de cette évolution à Taïwan tenait principalement à la difficulté de recruter du personnel qualifié.  (Source : Gendered trajectories de Wei-Hsin YU)

Il existe une version en ligne de cette nouvelle.

 

 

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