Titre : 陌生人來的晚上 (le Soir où surgit un inconnu) (1969)

Auteure : 畢璞 (BI Pu) (1922-2016)

Bi Pu, née à Canton en Chine, vécut balancée par les aléas de la guerre sino-japonaise à Macao, à Tienjin, à  Guangxi ainsi qu’à Guilin. C’est en 1948 qu’elle s’installa à Taïwan avec son mari et ses enfants et y entama une carrière de traductrice et de rédactrice de presse et de radio. Parallèlement à ses activités professionnelles, Bi Pu est l’auteure de nombreuses nouvelles et d’essais.

Le Soir où surgit un inconnu est un recueil de douze nouvelles toutes axées sur la description du sentiment amoureux. A la lecture de Bi Pu, on ne peut se retenir de dresser un parallèle avec une autre auteure traitant du même sentiment amoureux, elle aussi écrivaine taïwanaise originaire de Chine, Chiung Yao. L’une et l’autre décrivent pourtant de deux sociétés taïwanaises fort différentes : là où Chiung Yao nous mène à la rencontre d’une haute bourgeoisie, d’une élite du pouvoir politique ou économique débarquée en 1949 et de jeunes gens insouciants se destinant aux affaires ou à des études aux Etats-Unis, Bi Pu nous offre la description de classes populaires plus modestes, de petites gens représentatives de la diversité des années 60-70 et des évolutions qui sous-tendent ces années charnières. Le lien amoureux y est également traité différemment : la violence des sentiments et la complexité des intrigues des oeuvres de Chiung Yao laissent place chez Bi Pu à l’ingénuité et à l’humilité de sentiments sincères et authentiques. Quant aux trois thèmes de prédilection de Bi Pu, ils sont musique, écriture et enseignement.

新聲在何處 (D’ou s’élèvera la nouvelle symphonie ?)

Li Wen-lai (李聞籟) jeune « Chinois de Taïwan » suit des études musicales à Paris. Etudiant pauvre, il loue une modeste chambre chez une logeuse. Charlotte la fille de celle-ci n’est pas insensible aux charmes du jeune musicien. Mère et fille tentent d’améliorer le quotidien du jeune étudiant désargenté. Li enfin verra une ses compositions primée et acclamée par l’élite parisienne. Auréolé de cette soudaine réputation, Li choisit de rentrer au pays apporter sa pierre au développement musical de Taïwan. Mais en sacrifiant les tendres sentiments que lui porte la frêle Charlotte, en abandonnant sa vie d’indigence faite de pain dur et d’eau claire, n’est-ce pas en partie à son inspiration musicale qu’il renonce ?

春遲 (Printemps tardif)

La naissance de sentiments amoureux d’une écrivaine qui, désespérant du retour de son promis, s’éprend malgré elle d’un brillant écrivain au physique ingrat et difforme, personnage psychologiquement torturé qu’elle apprendra à apprivoiser.

阿 !好冰冷的湖水 ! (Que l’eau du lac est froide !)

Un jeune couple fraîchement marié qu’unissent de tendres sentiments en dépit d’une forte précarité financière se réjouit d’un petit gain de mille yuans. Lui travaille pour un salaire de misère. Elle s’est vue, à son mariage, démettre de son emploi dans une banque. Comment vont-ils utiliser ce millier de yuans, une vraie fortune à leurs yeux ? Elle voudrait offrir une bicyclette neuve à son mari, lui voudrait lui acheter de nouveaux vêtements. Finalement, ils décident de s’offrir un séjour de deux jours au Lac du Soleil et de la Lune. Le destin en décidera autrement, un accident stupide mais mortel brisera à tout jamais les rêves du jeune couple.

牆頭小草 (Un brin d’herbe sur un mur)

La littérature est à nouveau au coeur de cette nouvelle de Bi Pu. Un jeune professeur de collège va découvrir la vraie nature d’une de ses collègues, jeune femme taciturne et revêche, au travers les écrits de celle-ci. Il réussira par les sentiments qu’il lui porte à trouver la voie de son coeur.

小紅 (Hsiao Hung)

Nous sommes à Hong Kong. Deux jeunes soeurs réfugiées avec leurs parents dans le hangar commercial d’oncle Chuang, homme d’affaires ami de la famille, vont découvrir l’existence de Hsiao Hung, jeune entraîneuse de bar (le terme exact est 琵琶仔 joueuse de pipa, terme désignant les jeunes filles mineures n’ayant pas encore franchi le pas de la prostitution) rachetée par ce dernier pour devenir sa deuxième épouse. En dépit de la reconnaissance qu’elle doit à son sauveur, c’est aux charmes et à la jeunesse d’un jeune vaurien, le frère cadet d’oncle Chuang, qu’elle succombera.

飛去的小鳥兒 (l’Oiseau envolé)

Dix-sept ans plus tôt, il accompagnait son aimée à l’aéroport de Chongqing (Chine). Elle voulait rester à ses côtés, il l’avait convaincue de prendre son envol pour l’étranger. Les années passant ils avaient perdu contact. Sans doute l’avait-elle attendu car sinon pourquoi aurait-elle langui tant d’années avant de se marier ? Les journaux annonçaient son retour avec son mari, personnage important. Il voulait malgré tout la revoir. Il se rendit chez eux. Il imaginait déjà leurs retrouvailles. Mais si cet amour passé n’etait plus qu’illusion ? Et si le coeur de son aimée s’était définitivement envolée ?

拙婦 (l’Epouse maladroite)

On peut être mère de famille aimante et mauvaise maîtresse de maison. Le mari de Tao Mengzhen (陶夢真) devra se faire une raison, son épouse est plus préoccupée par la délicatesse d’un bouquet de fleurs fraîches ou par la beauté d’un tableau que par la préparation d’un dîner offert à un collègue de travail.

愛,在思念中 (un Amour chimérique)

Les sentiments amoureux d’une étudiante pour son professeur de poésie. Yu Jing (郁菁) a beau être une élève pleine de talent et première de la classe, tous ses efforts  demeurent vains lorsqu’il s’agit de retenir l’attention du professeur tant adulé. Treize ans plus tard, Yu Jing, devenue à son tour professeure, se consacre à ses élèves. Mais son coeur demeure toujours empli du même amour chimérique pour le beau professeur de poésie.

陌生人來的晚上 (le Soir où surgit un inconnu)

Il s’agit de la nouvelle-titre de ce recueil, la plus touchante sans doute. Un inconnu trouve refuge un soir d’orage chez une jeune veuve vivant avec son beau-père, vieil homme aveugle et sourd. Les forts sentiments qu’éprouvent le voyageur et la jeune femme ne sauront supplanter la promesse faite au defunt mari de prendre soin du vieil homme.

微塵 (Poussières)

Mlle Huang n’est plus toute jeune. Il est temps pour elle de chercher a se prémunir des aléas de la vie, quitte à s’engager dans un mariage de raison. Et justement M. Ji, veuf plus âgé qu’elle, homme d’affaires pas toujours délicat et souvent colérique, lui propose de l’épouser. N’est-ce pas là l’occasion de s’assurer de vieux jours paisibles ? C’est pourtant le fils de M. Ji qui la mettra en garde, en toute sincérité. Lui-même n’a-t-il pas fait un mariage de raison pour échapper à son père et aux desseins professionnels que celui-ci traçait pour lui ?

心中的神 (les Dieux du coeur)

Les sentiments timides d’une adolescente pour deux frères plus âgés qui lui feront connaître le tourne-disque et le concerto pour piano No 1 de Tchaikovsky. Découverte de l’amour, de la musique et des premières peines de coeur.

網 (le Filet)

Wu Kuang-ting (伍光庭), brillant et bel étudiant, est le fils d’une marchande ambulante de nouilles. Entre deux conquêtes de coeur à l’université, Wu choisira la fille de bonne famille qui lui assurera une belle carrière et sacrifiera la douce jeune fille qui élève ses frères et s’occupe de sa mère malade. Et c’est lorsqu’enfin, empétré dans un mariage de raison, il pensera trouver le bonheur auprès d’une jeune secrétaire que tout son monde s’écroulera. Divorcé, seul, sans emploi, il lui aura fallu tout perdre pour enfin s’assumer et prendre un nouveau départ.

 

 

 

 

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