Titre : 做工的人 (Ceux qui travaillent de leurs mains) (2017)

Auteur : 林立青 LIN Li-ching (1985~)

Lin Li-ching nous offre un aperçu inhabituel en littérature de la société taïwanaise. Mais il n’est pas anodin dans un environnement urbain en perpétuelle évolution  de rappeler le dur labeur des ouvriers de chantier, dépenaillés, au torse nu, l’épiderme tanné par le soleil,  que l’on croise trop souvent sans un regard. Ils sont tout autant artisans du  miracle économique taïwanais que les innombrables entreprises familiales moteur du made in Taiwan des années 70.

L’auteur, jeune ingénieur de chantier (工地現場工程師) en charge de la supervision et de la coordination des différents métiers oeuvrant à la construction des bâtiments et aux travaux publics et vivant au quotidien au contact de ces courageux artisans ou journaliers, a entrepris de prendre la plume – une plume souvent acerbe à l’égard de la société – pour se faire  leur porte-parole dans un ouvrage fort remarqué à Taïwan et deux fois récompensé (note).

Qu’ils soient simples ouvriers ou maîtres-artisans, jeunes gens sans qualification se satisfaisant de quelques journées à mille dollars pour entretenir leurs motos pétaradantes et trafiquées ou courageuses épouses prêtant main-forte à leur mari, travailleurs immigrés ou ouvriers âgés cassés par de dures années de labeur, ils forment une communauté soudée autour de laquelle viennent s’agréger des activités connexes : cantines et restaurants ambulants, karaokés ou débits de boissons aux entraîneuses défraîchies, maisons de prostitution d’un autre âge, jeunes vendeuses de noix de bétel (檳榔西施 betelnut beauty) court vêtues, vieillards vivant du recyclage des déchets métalliques, sans oublier de débonnaires représentants de l’ordre, d’inébranlables inspecteurs de la voirie et d’indispensables 7-Eleven.

Aucune des peines du dur quotidien de ces différents acteurs n’échappe à l’oeil attentif de l’auteur. Âpreté de la tâche, maladies et accidents, addiction à l’alcool  ou aux drogues pour mieux supporter froidures et canicules, instabilité financière et endettement, etc. et surtout fort sentiment de mépris. Mépris de la société, de ses policiers et fonctionnaires à l’égard de cette classe laborieuse peu éduquée. Mais également mépris de ces mêmes ouvriers taïwanais envers leurs compagnons d’infortune, qu’ils soient travailleurs immigrés d’Asie du Sud-Est affectés aux chantiers ou bien courageuses femmes chinoises partageant le dur labeur de leur époux taïwanais à défaut de jouir sur l’Ilha Formosa de la douce vie qu’on leur avait fait miroiter sur l’autre rive du détroit.

L’ouvrage de Lin Li-ching a le mérite de nous rappeler l’existence de ce prolétariat à l’heure où l’un des principaux défis intérieurs du gouvernement taïwanais est la réévaluation salariale, l’amélioration des conditions de travail et le bien-être social.

Note : Prix du Meilleur espoir 2017 et prix du Livre 2017 favori à la vente sélectionnés par les professionnels du livre de la librairie Eslite. (2017年誠品書店閱讀職人「年度最期待作家獎」與「最想賣獎」).

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