Titre :取書包。上學校。(Prenons notre cartable. Allons à l’école) (2014)

Auteur : 黃震南 (Huang Zhen-nan)

Prenons notre cartable. Allons à l’école – ouvrage à la couverture et au titre trompeurs – est loin d’offrir une lecture aisée et ludique et se révèle être un travail académique rigoureux et minutieux, oeuvre d’un chercheur s’adressant à d’autres spécialistes de l’histoire de l’enseignement à Taïwan. On désespère d’y retrouver l’humour potache dont l’auteur fait un usage presque excessif dans son Histoire de Taïwan la plus désopilante de toutes l’histoire de Taïwan (台灣史上最有梗的台灣史).

Huang Zhen-nan retrace l’évolution du Classique des trois caractères (三字經) et des autres manuels à la base de l’éducation traditionnelle chinoise et sur lesquels ânnonèrent de nombreux jeunes Taïwanais du 17e siècle au milieu du 20e siècle. Le Classique des trois caractères demeure le plus connu des ces manuels d’enseignement chinois mais on en dénombre principalement quatre autres : un manuel d’écriture de mille caractères (千字文體), un dictionnaire de rimes (韻對類), un recueil de modèles épistolaires (尺牘類) et un dictionnaire thématique de vocabulaire (雜字類) renfermant une quarantaine de catégories telles la cuisine, les fruits et légumes, les outils, les insectes, les professions, les qualites morales, les personnages historiques, etc. Le dictionnaire des rimes tient sans doute une place à part parmi ces classiques et il est vrai qu’un érudit sans talent de poète ne fut jamais considéré que comme un simple ouvrier de l’écriture (寫字工).

La lecture de cet ouvrage est assez fastidieuse, l’auteur n’hésitant pas par exemple à dresser la liste des caractères erronés relevés dans les différentes éditions. Mais on retiendra surtout que le Classique des trois caractères connut plusieurs versions proprement taïwanaises dont le Classique taïwanais des trois caractères (台灣三字經) publié sous la colonisation japonaise en 1900 par Wang Shi-peng (王石鵬) jeune diplômé  de l’école normale âgé de 24 ans. Ce classique marque un tournant historique en plaçant pour la premiere fois Taïwan, sa géographie, sa population et ses traditions, au centre de l’enseignement dispensé aux jeunes Taïwanais, même si, époque oblige, de nombreuses références demeuraient liées à la colonisation japonaise : Chine nommée « China » (支那) ou années exprimées selon les ères japonaises par exemple.

Une version « nationaliste » verra même le jour. Publiée par le gouvernement Kuomintang, elle s’intitulait Classique des trois caractères des trois Principes du peuple (三民主義三字經). Ainsi l’endoctrinement politique pouvait débuter dès le plus jeune âge au travers de classiques vieux de plusieurs siècles.

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