Titre : 戀物癖 (Fétichisme sexuel) (1996-1998)

AUTEUR : 紀大偉 (CHI TA-WEI) (1972~)

Chi Ta-wei, l’auteur de Membranes, nous livre dans ce recueil un ensemble de quatorze nouvelles écrites entre 1996 et 1998. Nous quittons le domaine de la science-fiction gay chère à l’auteur. Et si ces nouvelles sont souvent le reflet de la vie d’homosexuel(le)s, elles vont bien au delà en offrant un tableau de la diversité  de la société taïwanaise des années 90. L’auteur demeure avant tout un merveilleux conteur mais un conteur qui joue de la confusion entre les identites sexuelles, entre les genres, entre les cultures même. Rien n’est figé, les rôles se confondent, les catégories se chevauchent, et les opposés sont souvent plus proches que les préjugés nous donneraient à penser.

Parmi ces nouvelles, j’ai particulièrement aimé :

L’identité d’un inconnu (一個陌生人身分證明)

La confrontation d’un jeune policier et d’un jeune homme homosexuel. Le premier, novice abandonné par ses collègues, se retrouve seul en une triste soirée à mener des vérifications d’identité sur une route isolée avec pour mission de mettre la main sur quelques criminels en fuite. Le second, plus jeune encore, rentre tardivement chez lui, anxieux de recevoir le lendemain matin un coup de téléphone devant l’informer des resultats d’un test du VIH. Le second n’a pas ses papiers sur lui. Le premier se doit de se conformer au règlement. De la rencontre de ces deux jeunes si semblables et fragiles dans leur inexpérience de la vie ne pourra surgir qu’un plus grand malheur, ou plutôt deux plus grands malheurs… Quant aux criminels recherchés, ils sont toujours en fuite. (nouvelle traduite en français par O. Bialais : La carte d’identité d’un inconnu dans Taipei : Histoires au coin de la rue).

Le nez (鼻子)

Le nez, tout comme Les dents ou Les cheveux – titres de deux autres nouvelles (牙齒 ; 毛髮) de ce même recueil, est un de ces objets de fétichisme annoncés par le titre de l’ouvrage.  Le héros, ou devrait-on dire la victime, de cette nouvelle pleine d’humour est un jeune employé d’entreprise, bel homme aux nombreux succès féminins qui doit à une remarque déplacée sur les indispositions menstruelles de sa dernière conquête de se voir jeter un sort : souffrir tous les mois de violentes hémorragies nasales qu’il devra dissimuler derrière un masque hygiénique sous le regard compatissant mais aussi amusé du narrateur, un de ses collègues gay à qui il n’échappe pas que le nez est de tout temps associé à un autre organe du corps masculin.

 Le rêve de la lune (樂夢)

Deux textes sont mis en miroir dans cette nouvelle. Le premier nous narre la rencontre entre un cocoboy thaïlandais et un client taïwanais, rencontre éphémère en dépit des sentiments du jeune prostitué pour son client. L’autre nous emmène à San Francisco. Un Taïwanais recourt aux services d’un jeune latino-américain, traducteur de son état s’adonnant épisodiquement à la prostitution, moins pour le gain que pour s’offrir des plaisirs faciles dénués de toute attente sentimentale. La rencontre sera tout aussi éphémère, le jeune prostitué y mettant un terme. Dans cet échange ambigu des relations tarifées, le maître du jeu est-il toujours celui qui possède le pouvoir de l’argent ? Et si notre cocoboy avait été autre chose qu’un simple jouet aux mains de son client ? Les sentiments qu’il éprouve pour lui n’ont-ils pas rétabli une relation d’équilibre dans laquelle tout ne pourrait être vu sous le seul prisme de l’argent, de cet argent même qui permet à l’opposé au jeune prostitué de San Francisco de demeurer maître des sentiments de ses partenaires ?

Mandarine (密柑)

Un acteur de second ordre vieillissant suscite par ses tenues et ses manières efféminées les sourires méprisants des commères de son quartier. Les jeunes gays ne lui épargnent pas non plus leurs railleries et cela jusque dans le gay bar où ils ont leurs habitudes.

A l’entrée de l’immeuble au sous-sol duquel est installé ce gay bar, un gardien d’immeuble vieillissant et somnolent suscite par sa mise et ses manières rustres les sourires méprisants et les railleries de ces mêmes jeunes gens…

 

Autres oeuvres de Chi Ta-wei présentées dans ce blog :

早餐 [Petit déjeuner] (1999)

戰爭終了 (la Guerre est finie) (1996)

夏天的故事 (Conte d’été) (1995)

膜 (Membranes) (1996)

 

 

 

 

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