Titre : 單車失竊記 (la Bicyclette volée) (2015)

Auteur : 吳明益 (Wu Ming-yi) (1971~)

Bicyclette, dites-vous ? Oui mais aussi vélo, bécane, biclou ou bien même petite reine. Et en chinois ? 腳踏車 (véhicule à pédaler) et 自行車 (véhicule auto-propulsé) bien sûr mais également d’autres termes plus proprement taïwanais tels 自轉車 (véhicule à rotation) (note 1) ou encore 鐵馬 (cheval de fer) et 孔明車 (véhicule Kongming) (note 2). C’est en 1903 que furent importées du Japon les premières bicyclettes. En 1915, on en comptait 253 à Taïpei, c’est dire la rareté de cet objet de luxe, privilège de certains fonctionnaires ou de médecins qui lors de leurs visites remisaient ce précieux véhicule dans le salon de leur patient.

L’auteur devenu au fil des années un véritable spécialiste de la bicyclette à Taïwan – il en est historien, réparateur et collectionneur – n’ignore rien des marques et des modèles de ce cheval de fer qui fascinait à l’époque tout autant que nos voitures de luxe ou grosses cylindrées. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, ce livre fort bien informé et détaillé n’est pas une encyclopédie de la bicyclette et si l’auteur nous mène à la quête d’un vélo de la marque du Bonheur (幸福牌) c’est pour lever le mystère de la disparition de son père.

La Bicyclette volée est un roman étonnament long et complexe dont l’écriture en mandarin, taïwanais, japonais mais aussi en langues aborigènes, ne rend pas la lecture aisée. C’est surtout une oeuvre d’une très grande diversité.  Ce roman touche, nous dit l’auteur, à l’histoire des deux guerres mondiales, à l’histoire de Taïwan, à l’histoire du développement de la bicyclette à Taïwan, à l’histoire du zoo et à l’histoire de l’artisanat des tableaux en ailes de papillon … mais aussi, semble-t-il oublier, à la vie dans un village aborigène ou même au dressage des éléphants. En fait, ce sont plusieurs livres qui se côtoient dans ce roman, liés par la trame que constituent les péripéties du vélo du Bonheur témoin privilégié de la destinée de ses propriétaires successifs.

Dans la trame familiale de ce roman, on retrouvera avec beaucoup de plaisir la vie des galeries Chunghua (中華商場) au coeur de l’enfance de Wu Ming-yi – son père y exerçait le métier de tailleur – et de son recueil de nouvelles intitulé le Magicien sur la passerelle. Mais la bicyclette nous mènera beaucoup plus loin, durant la guerre du Pacifique, jusque sur les champs de bataille de Malaisie et Singapour ainsi que dans les forêts de Birmanie. Personnellement, j’ai particulièrement apprécié le long chapître sur l’industrie de l’aile de papillon, industrie développée à Taïwan par les Japonais, qui périclita à leur départ, puis connut un essor nouveau mais éphémère dans les années 60, 70. On demeure captivé par l’histoire de la petite fille accompagnant son père à la chasse aux papillons, en maîtrisant les moindres techniques puis se découvrant en grandissant un talent particulier pour la confection de tableaux d’une rare qualité artistique.

L’érudition de l’auteur ne se limite pas aux papillons, dont Taïwan abrite une des plus grandes variétés au monde. S’appuyant sur de nombreux détails historiques, Wu Ming-yi nous conte également l’histoire du zoo de Taïpei et de ses premiers pensionnaires, singes, lions et éléphants et de leur triste et surprenant destin lorsque les bombardements américains redoublèrent au dessus de la ville.

Pour être totalement honnête, je dois préciser que parvenu à la moitié de ce roman, j’en ai abandonné la lecture tant je me perdais dans la complexité des situations, des personnages et des narrateurs ainsi que dans la difficulté de l’écriture. Un mois plus tard, j’éprouvais pourtant le désir d’en reprendre le fil et de parvenir au terme de l’intrigue. La Bicyclette volée a été traduit en anglais (The Stolent Bicycle, traduit par Darryl Sterk, publié par Text Publishing) et a fait partie des oeuvres retenues pour l’attribution du Man Booker International Prize 2018.

Note 1 : terme traduit du japonais et utilisé autrefois par les Taïwanais d’éducation japonaise.

Note 2 : Kongming est le prénom social du stratège chinois Zhuge liang (諸葛亮 181-234) à qui l’on attribue l’invention du Boeuf de Bois (木牛流馬, lit. boeuf de bois et cheval filant) chariot à une roue permettant à un homme de transporter de grandes quantités de vivres et utilisé pour l’approvisionnement de l’armée .

 

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