Titre : 摩天大樓 (le Gratte-Ciel) (2015)

Auteure : 陳雪 (Xue CHEN) (1970~)

Quatre tours de 45 étages à la périphérie de Taïpei, un étage commun offrant piscine, laverie, agence immobilière, six sous-sols de supermarchés, d’espaces de restauration rapide et de magasins, mais aussi des boutiques et cafés en rez-de-chaussée, c’est là le microcosme dans lequel va prendre place un imbroglio psychologique digne d’un excellent roman policier dans lequel toutefois l’enquête s’effacerait derrière les confessions des différents protagonistes, dans lequel tout un chacun serait, à l’entendre, plus ou moins coupable du même crime.

Qui sont ces protagonistes dont les vies se croisent, se heurtent, se mêlent ou bien finissent par se fuir dans ce cocon fait de béton, de ciment, de cloisons, de corridors, d’escaliers et d’ascenseurs ?  Un vigile qui ne s’est jamais remis d’avoir renversé à moto une jeune mère pourtant seule fautive ; une jeune fille en fauteuil roulant et son accompagnatrice ; un architecte venant de faire un mariage fortuné ; le patron de l’agence immobilière qui assouvit ses fantaisies sexuelles avec les visiteuses occasionnelles dans les appartements vides qui lui ont été confiés ; une auteure de romances souffrant d’agoraphobie et vivant recluse dans son appartement. Et bien d’autres encore dont Zhong Meibao (鐘美寶) la gérante du café du rez-de-chaussée, l’héroïne et la victime de ce roman. Sa beauté, son altruisme et l’empathie qu’elle manifeste pour tous ceux qui la cotoient ne réussissent pas à masquer totalement en elle l’aura funeste d’un tristesse indécible, d’une damnation qui la rend insaisisable. Autour d’elle gravitent son amant qui la retrouve une fois par semaine, son jeune demi-frère psychologiquement fragile et avec lequel elle semble entretenir une relation affective ambiguë et son assistante en cuisine, jeune lesbienne qui se languit d’amour pour elle.

L’auteure recourt aux monologues des différents protagonistes pour ourler la trame du roman. Les confidences de chacun dévoileront progressivement les relations entretenues par les habitants du gratte-ciel avec Zhong Meibao, relations décidemment plus complexes que ne le donnait à penser la nature enjouée et amicale de Meibao. Et lorsque sera survenu le meurtre de Meibao, ces monologues, de confidences se feront confessions, aveux même, et ce n’est que dans un ultime chapitre, alors que la vie a retrouvé son cours durant douze longs mois, que le crime sera élucidé. Pourtant le sentiment de culpabilité continuera à en tirailler plus d’un.

La version électronique de ce roman renferme une passionnante analyse par le spécialiste de littérature taïwanaise David Der-wei Wang (王德威) de la place du Gratte-Ciel dans l’évolution littéraire de Xue Chen. Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas avoir encore lu les premières oeuvres de Xue Chen.

Xue Chen est née en 1970 à Taichung. Diplômée du département de littérature chinoise de l’université Centrale en 1993, elle publia son premier ouvrage le Livre de mauvaises filles (惡女書) en 1995, recueil de nouvelles considéré comme un classique de la littérature lesbienne. Depuis, Xue Chen a publié plus d’une quinzaine de romans et d’essais et est considérée comme une auteure incontournable de littérature Queer à Taïwan.

Une dernière remarque pour les lecteurs sinophones non « natifs » : le recours au monologue et donc à une langue parlée reflétant fidèlement le milieu social de chacun des acteurs du roman rend la lecture de celui-ci particulièrement aisée et savoureuse. J’ai personnellement éprouvé beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman.

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