Titre : 蔣渭水傳 – 台灣的孫中山 (biographie de Chiang Wei-shui, le Sun Yat-sen taïwanais) (1976)

Auteur : 黃煌雄 (Huang Huang-hsiung) (1944~)

L’auteur, homme politique taïwanais membre du Parti Démocratique Progressiste, fut d’abord légistateur puis membre du Yuan de Contrôle. Il enquêta à ce titre sur de nombreuses malversations ainsi que sur les « biens mal acquis » du parti Kuomintang.  En plus de ses activités politiques, Huang contribua à une meilleure connaissance de l’histoire de Taïwan en créant en 1988 la Taiwan Research Foundation oeuvrant au développement des études taïwanaises au niveau international. Huang est également président de la Fondation Chiang Wei-shui et est à ce titre un spécialiste de Chiang Wei-shui.

Cette biographie fort détaillée s’attarde particulièrement sur les dix dernières années de la vie de Chiang Wei-shui, de son engagement politique vers 1920 à son décès prématuré dû à la typhoïde en 1931 à l’âge de 41 ans. Chiang Wei-shu est une des figures marquantes de la résistance taïwanaise à la colonisation japonaise. Né en 1890 à Yilan, il fera de brillantes études qui le mèneront à la faculté de médecine. Diplômé en 1915, Il exercera d’abord à Yilan puis un an plus tard ouvrira à Taïpei sa propre clinique (大安醫院). En 1921, il participera à la création de l’Association culturelle taïwanaise (台灣文化協會) hébergée dans les locaux de sa clinique. Son essai le plus connu, Examen clinique (臨床講義) paraîtra dans le premier numéro de la revue de l’association culturelle, l’examen clinique en question n’étant autre que celui qu’il pratique sur la société taïwanaise victime de « malnutrition culturelle ».

En 1927, suite à l’éclatement de l’Association culturelle taïwanaise devenue au fil des années une organisation d’obédience socialiste, Chiang et d’autres fondateurs créèrent le premier parti politique taïwanais, le Parti du peuple taïwanais (臺灣民眾黨) aux orientations plus modérées même si très vite se dessinera une nouvelle fois une tendance plus gauchiste, représentée cette fois-ci par Chiang Wei-shui dont le discours qui en appelle au prolétariat et à la lutte des classe s’oppose à une faction plus nationaliste. En 1928, Chiang créera au sein du parti une Alliance des travailleurs taïwanais. le Parti du peuple taïwanais échouera dans la plupart de ses revendications auprès du gouvernement japonais. Ses seuls acquis seront l’obtention de la part du gouvernorat de fonds pour aider les victimes de l’opium et de fructeuses interventions auprès de la Ligue des Nations dénonçant la colonisation japonaise. Le Parti du peuple taïwanais éclatera peu après le décès de Chiang.

Cet ouvrage, au delà d’une simple biographie, est un travail historique extrèmement documenté ayant le mérite de replacer la résistance taïwanaise à l’occupation japonaise dans son époque : apparition des mouvements démocratiques et libéraux au Japon, montée du socialisme en Europe, immenses espoirs suscités dans les pays colonisés par le discours du président Woodrow Wilson de 1918 et son affirmation du droit à l’auto-détermination et bien sûr évolution politique en Chine voisine : révolution, avènement de la République, pensée du docteur Sun Yat-sen, fondation du parti communiste chinois, etc.

Chiang Wei-shui semble être un des opposants taïwanais les plus sensibles aux évènements chinois. Déjà dans son enfance, son père s’adressait en mandarin à ses enfants et invitait des Chinois de passage à parfaire leur éducation chinoise. Bon nombre des articles de Chiang répondaient à la volonté de répandre la connaissance de la langue chinoise chez ses compatriotes taïwanais et de les tenir informés de l’évolution sociale et politique en Chine. La résistance anti-japonaise de Chiang Wei-shui ne se concevait pas sans un retour à la mère patrie. Pour le biographe, le tridémisme du docteur Sun Yat-sen est une composante essentielle de la pensée du docteur Chiang Wei-shui et il s’évertue durant tout son ouvrage à démontrer que la pensée économique de ce dernier loin d’en faire un idéologue communiste n’est que la reprise du Principe du bien-être du peuple de Sun Yat-sen.

Alors Chiang Wei-shui doit-il être vu comme le père de la nation taïwanaise à l’instar de Sun Yat-sen, père de la nation chinoise ? Relever les ressemblances entre les deux hommes ferait tout au plus de Chiang un deuxième Sun Yat-sen sans pour autant lui réserver dans l’histoire de Taïwan le rôle de père de la nation qu’eut Sun Yat-sen en Chine. Quelle place sinon accorder aux opposants taïwanais que furent Li Wei-kwang (李偉光), Lin Xian-tang (林獻堂) ou Cai Peihuo (蔡培火) ? Sans doute Chiang Wei-shui, se réclamant de la mère-patrie chinoise et des Trois principes du peuple faisait-il aux yeux du gouvernement nationaliste à Taïwan un héros taïwanais plus acceptable que d’autres. Lorsque en 2006 on voulut nommer l’autoroute 5 (note 1) reliant Taïpei à Yilan, c’est le choix du nom de Chiang Wei-shui qui mit aisément d’accord tous les bords politiques.

Note 1 : L’autoroute fut officiellement nommé Chiang Wei-shui Memorial Freeway (蔣渭水高速公路 ou plus communément 北宜高速公路).

 

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