Titre : 紅塵 [En ce bas monde] (1978)

Auteur : 龍瑛宗 (Long Ying Zong) (1911-1999)

 

Long Ying Zong connut le triste destin des auteurs taïwanais éduqués à l’époque japonaise dont le grand talent fut contrarié par le retour à la langue chinoise en 1945 et l’interdiction du japonais qui s’en suivit. Du talent littéraire, Long Ying Zong en eut incontestablement. Sa première oeuvre, le Petit bourg aux papayers (note 1) fut à sa sortie en 1937 couronnée d’un prix littéraire japonais, distinction rare pour un écrivain natif d’une colonie.  Yeh Shih-tao (葉石濤), écrivain et historien de la littérature taïwanaise, dira de lui qu’il était de tous les auteurs de la période coloniale japonaise celui qui possédait la plus grande dimension internationale. Il ajoutait que la qualité et la finesse de sa réflexion d’intellectuel moderne avait ouvert à la nouvelle littérature taïwanaise des perspectives plus avant-gardistes.

Entre En ce bas monde et le Petit bourg au papayers près d’un demi-siècle s’est écoulé. Après une jeunesse littéraire très prolifique qui vit la parution d’une vingtaine de romans et nouvelles,  l’auteur demeurera silencieux de 1947 à 1978. Long Ying Zong, 34 ans à la rétrocession de l’île, sera confronté à la difficulté d’écrire en chinois. Poursuivant parallèlement une carrière de cadre de banque, il attendra sa retraite pour se remettre à l’écriture ; encore le fera-t-il en japonais, ses tentatives en chinois s’étant avérées peu fructueuses de l’avis même de son traducteur, Chung Chao-cheng (鍾肇政). Ce dernier, lui-même écrivain (note 2) fut également le traducteur d’un autre grand auteur de langue japonaise de la période coloniale, Wu Chuo-liu (吳濁流) (note 3).

En ce bas monde est le portrait d’une époque – les années 70 – et de ses acteurs économiques. L’auteur connaît bien le monde des affaires. Il a sans doute cotoyé bon nombre de ces arrivistes, personnages intrigants et peu scrupuleux à qui l’on doit en partie le miracle économique de Taïwan. Il nous en dresse un portrait sans complaisance mais non dénué de sympathie. Il sait le chemin parcouru par ses compatriotes depuis l’époque japonaise où toute ambition personnelle était jugulée. Mais il déplore dans le même temps la perte des valeurs traditionnelles de la société taïwanaise. Près de 30 ans après la rétrocession, Long Ying Zong ne peut s’empêcher de considérer la société moderne à l’aune de la colonisation japonaise. C’est ce mouvement de balancier entre deux époques qui constitue un des principaux intérêts d’En ce bas monde. Long Ying Zong semble être à l’image d’un de ses personnages, intellectuel taïwanais diplômé des meilleures universités japonaises, ayant occupé – fait rare – de hauts postes dans l’administration coloniale, respecté de l’occupant et de ses concitoyens mais qui après 1945 perdra tout prestige et toute utilité et à qui une banque fera l’aumône d’un poste subalterne de conseiller.

Notes :

Note 1 : Le Petit bourg aux papayers a été traduit en français dans un recueil de nouvelles intitulé Le Petit bourg aux papayers et autres nouvelles taïwanaises traduites du chinois ou du japonais, sous la direction de Angel Pino et Isabelle Rabut, éditions You Feng (on en trouvera une présentation dans Lettres de Taiwan 台萬文學)

Notes 2 et 3 : on trouvera dans notre blog des notes de lectures de quelques oeuvres de Chung Chao-cheng (鍾肇政) et de Wu Chuo-liu (吳濁流).

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