Titre : 濁流三部曲(二)江山萬里 [Trilogie « Eaux troubles » Tome 2 « Jiangshan Wanli »] (1962)

AUTEUR : 鍾肇政 (CHUNG CHAO-CHENG) (1925-)

Dans ce second tome, Chung Chao-cheng nous décrit, avec à son habitude toute la minutie d’un anthropologue, la vie des apprentis-soldats (學徒兵) affectés à la défense de l’île. Il s’agissait d’un service militaire obligatoire exigé à partir des dernières années d’efforts de guerre du Japon de tout jeune Taïwanais finissant ses études. Autant dire que ce second tome est tout comme le précédent d’un grand intérêt historique : nous découvrons l’organisation de cette armée de jeunes diplomés, les garnisons installées dans des écoles primaires réquisionnées, la discipline militaire et le dur labeur quotidien consistant à l’installation d’une défense anti-aérienne dans les montagnes voisines.  Ne reculant devant aucun détail historique, l’auteur va jusqu’à nous préciser le contenu du paquetage de ces apprentis-soldats, slip et maillot de corps compris.

La violence des rapports entre ces conscrits taïwanais et leurs petits chefs n’échappe pas à la narration que nous livre l’auteur de ces derniers mois de colonisation. Cette brutalité est d’autant plus inattendue qu’elle est souvent le fait de jeunes Japonais promus sous-officiers mais issus des collèges de l’île et donc anciens camarades de classe des apprentis-soldats qu’ils brutalisent. Dans ce contexte, quelques personnalités vont s’affirmer dont un jeune soldat né d’une mère japonaise et d’un père taïwanais mort sous la torture pour avoir participer en Chine à la résistance anti-japonaise.

La romance n’est pas non plus absente de ce second tome même si notre jeune narrateur qui semble pourtant s’être affirmé en tant que soldat n’en demeure pas moins toujours aussi transi face à l’objet de ses sentiments, cette fois-ci une jeune institutrice de l’école où il se trouve en garnison. Ses atermoiements tragicomiques nous paraissent – et sont en fait – d’une époque bien révolue.

A propos du titre de ce second tome : il pourrait être littéralement traduit par Fleuves et monts, les dix mille li. L’auteur consacre une grande partie du chapitre 11 à ces quatre caracteres chinois gravés dans un rocher. Le sens en échappe tout d’abord au narrateur. Comme tous les jeunes Taïwanais de son époque, il maîtrise plus le japonais que le chinois. Pourtant, l’analyse de ces quatre caractères à l’aune de son dialecte familiale, le hakka, et, la proximité de cette inscription avec un puits dénommé Puits Koxinga, l’aménera à conclure que l’inscription serait l’oeuvre de Koxinga, qui contemplant la Chine à l’horizon, se serait lamenté de n’avoir pu rétablir la dynastie Ming à la tête du « vaste pays » (l’expression « fleuves et monts » désignant le pays, la patrie et celle de « dix mille li » signifiant l’immensité). Le titre évoque donc le souhait du retour de Taïwan dans le giron de la Chine.

 

 

 

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