Titre : 濁流三部曲(一)濁流 [Trilogie « Eaux troubles » Tome 1 « Eaux troubles »] (1961)

AUTEUR : 鍾肇政 (CHUNG CHAO-CHENG) (1925-)

On doit à Chung Chao-cheng, auteur de nombreux romans et nouvelles et traducteur d’oeuvres littéraires de langue japonaise, trois romans-fleuves dont la présente trilogie écrite entre 1961 et 1963. Un an plus tard, il s’attellera à la rédaction d’une deuxième trilogie intitulée les Taïwanais (tome 1 « l’effondrement », tome 2 « Cang Ming Xing », tome 3 « le chant du mont Chatien »). Chung Chao-cheng se lancera enfin en 1982 dans l’écriture d’une troisième trilogie consacrée aux peuples aborigènes de Taïwan sous l’occupation japonaise, les Hautes montagnes (高山三步曲) , trilogie toutefois inachevée, il n’en livra que les deux premiers tomes.

Eaux troubles est un roman de forte inspiration autobiographique. Le personnage central Lu Zhilung (陸志龍), tout juste sorti de l’adolescence – il n’a que 19 ans – est nommé enseignant dans une école primaire de l’île. Ce jeune homme timide manquant d’assurance va faire l’apprentissage durant cette première année des relations professionnelles avec ses collègues enseignants et ses supérieurs hiérarchiques. Il connaîtra également ses premiers émois amoureux, fort timorés, pour une jeune institutrice japonaise, femme fatale au sens funeste du terme. Nous sommes en 1943, les Japonais, maîtres de Taïwan depuis 48 ans, ont mis en place une machine administrative et scolaire fort bien huilée. Chung Chao-cheng nous décrit d’ailleurs un système éducatif qu’il connaît bien. Du même âge que Lu Zhilung et également fils d’enseignant, il fut professeur dans le primaire et le secondaire pendant 32 ans. Il semble que la question éducative soit un thème principal des oeuvres de Chung Chao-chung, que ce soit sous l’occupation (voir le tome 2 de la trilogie les Taïwanais « Cang Ming Xing ») ou après l’arrivée du gouvernement nationaliste (voir Fleurs de lupin).

Cette entrée dans la vie active de Lu Zhilung se manifestera par une lente prise de conscience des inégalités de traitement entre collègues japonais et collègues taïwanais, alors que ces derniers sont censés être devenus sujets de l’empereur à part entière. De plus à deux ans de la défaite japonaise, en pleine guerre du Pacifique, alors qu’un système de conscription vient d’être mis en place pour préparer les jeunes Taïwanais à non plus simplement défendre l’île mais à aller se battre sur le front en Asie du Sud-Est, le candide Lu Zhilung décélera chez certains de ses collègues les premiers ferments de rebellion, encore à mots couverts.

Ce roman vaut bien entendu pour la description historique de cette fin de colonisation japonaise. Instruction, hiérarchie des établissements et des enseignants, examens d’accès aux écoles normales ou bien aux établissement supérieurs, relations entre Taïwanais et Japonais, différence de traitement, encouragements à une nipponisation totale, conscription et service militaire « volontaire », tout cela est fort bien traité sur fond de restrictions et d’efforts de guerre imposés à la population. L’éveil de notre jeune héros est toutefois bien lent, trop lent sans doute pour que l’on se prenne de passion pour ce premier tome.

 

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