TITRE : 蛇先生 [Monsieur Serpent] (1930)

AUTEUR : 賴和 (LOA HO)(1894~1943)

Une précision s’impose pour tous ceux qu’intéresserait la lecture de cette nouvelle : il y est beaucoup question de 「水雞」, pourtant, ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas de « poule d’eau » mais de ce que le mandarin nomme「田雞」soit, comme son nom ne l’indique pas, la grenouille et non la poule des champs. Il est vrai que l’auteur aurait pu recourir à une autre expression taïwanaise,「四腳魚」ou poisson à quatre pattes, qui aurait été un tant soit peu plus claire.

Il convient maintenant d’expliquer le rapport entre la grenouille et ce « Monsieur Serpent » titre de la nouvelle. L’auteur nous explique que les serpents ont peur des mille-pattes, que les mille-pattes ont peur des grenouilles et que donc les serpents recherchent la présence des grenouilles pour fuir les milles-pattes (sans ce préoccuper d’ailleurs de la peur des grenouilles pour les serpents !).

Cette question d’éthologie ayant été clarifiée, revenons à Monsieur Serpent. Monsieur Serpent exerce le métier de ramasseur de grenouilles, il est devenu expert en la matière et en vit très bien. La proximité des grenouilles et des serpents en fait également un expert de ces derniers. Et lorsqu’un de ses voisins se fait mordre, il le soigne si bien que sa réputation parvient aux oreilles du docteur en médecine occidentale local. Celui-ci prend ombrage de cet exercice illégal de la médecine. Certes Monsieur Serpent a agi par charité pour son voisin, mais il n’en demeure pas moins que la loi ne saurait tolérer d’exception.

Car derrière cette charmante histoire de grenouilles et de serpents se cache en fait une violente diatribe à l’encontre de la loi instrument d’oppression. Loa Ho n’a pas de mots assez forts pour dénoncer cette très utile invention qui permet aux riches de ne plus craindre d’être dérobés et aux pauvres affamés et aux portes de la mort de se satisfaire de leur condition. La loi ne peut être enfreinte, elle est autorité, tout un chacun doit lui obéir. Tout écart doit être puni au risque sinon de voir les privilégiés qui s’enrichissent de ces lois condamnés à leur tour à s’appauvrir. On ne saurait tolérer la moindre liberté en dehors de la loi ou bien le moindre doute à l’egard de celle-ci ; la sacrosainte loi doit régenter tous les actes des hommes jusqu’à leurs pensées du domaine de l’invisible.

Monsieur Serpent contre toute attente ne sera pas sanctionné. Il continuera par charité à soigner les victimes de serpent. Le médecin local tentera de lui extirper la composition de son remède miracle, mais y a-t-il vraiment remède miracle ? Tout cela n’est-il pas simple question de bon sens ? Rappelons ici pour conclure que Loa Ho, dont le profond humanisme rayonne dans cette courte nouvelle, était lui-même médecin de médecine occidentale.

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