Titre : 不如意的過年 [un Nouvel An décevant] (1927)

AUTEUR : 賴和 (LOA HO)(1894~1943)

Le Japon ne réchappe pas au paradoxe des colonisateurs du XXe siècle pris entre l’éclosion au sein de leur propre population d’idées libérales et la nécessité de maintenir la colonie sous un régime autoritaire. Les nouvelles ou romans taïwanais consacrés à cette époque nous montrent clairement des autorités coloniales japonaises soucieuses d’établir un semblant de légalité et de libéralisme, d’éviter la répression violente et de tolérer une certaine liberté d’expression, comme si le regard de la société internationale et de l’opinion publique japonaise pesait sur la politique coloniale. Les opposants taïwanais sauront d’ailleurs fort bien prendre l’occupant au jeu de son propre arsenal juridique et légaliste (une bonne illustration en est la narration des mouvements ruraux dans le deuxième tome de la trilogie « les Taïwanais » de Chung Chao-cheng) et se concilier l’opinion publique japonaise dans leurs revendications démocratiques.

« Un Nouvel An décevant » nous décrit la crise d’autorité d’un petit chef, un policier japonais, qui voit son prestige s’amenuiser. Il craint de ne plus faire peur et même d’être méprisé. Pour lui il ne fait aucun doute que les idées libérales et les mouvements sociaux naissants sont responsables de cet état de fait. Ne déclare-t-on pas que le précepte 官尊民卑 (les fonctionnaires sont respectables, le peuple méprisable) n’est qu’une survivance féodale et que paysans, ouvriers et commerçants sont aussi utiles à la société que les policiers chargés du maintien de l’ordre ?

Décidé à réaffirmer son autorité, il cherchera en cette période de Nouvel An japonais à s’en prendre aux quelques personnes – en fait peu nombreuses car la plupart des Taïwanais sont restés fidèles à leur Nouvel An chinois, quitte à le célébrer clandestinement – qui ont décidé de le fêter à la chinoise, c’est-à-dire en s’adonnant aux jeux d’argent. Il ne réussira qu’à mettre la main sur un gamin de 6, 7 ans, innocent spectateur, il en est conscient, de cette activité illégale mais tolérée en période festive. Comme notre policier se doit de montrer son autorité, il conduira le pauvre gamin au poste. Et il achèvera cette mauvaise journée en noyant sa méchante humeur dans l’alcool.

Le policier japonais est un personnage récurrent des nouvelles de Loa Ho. Se faisant appelé votre excellence (大人) il est souvent le seul fonctionnaire japonais local. Il intervient pour sanctionner tout petit larcin ou léger manquement aux lois régissant la vie quotidienne « à la japonaise ». Dans les nouvelles de Loa Ho, ce personnage évoque à la fois l’autorité bornée du colonisateur et son pendant, la lâche soumission du colonisé.

Pour une présentation de l’auteur, on pourra se référer à la page consacrée à une autre nouvelle de Loa Ho, nouvelle intitulée « Fauteur de troubles ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s