Titre : 被混淆的台灣史 [une Histoire confuse de Taïwan] (2015)

Auteure : 駱芬美 (Fen-mei LAW)

Sous-titre : 1861-1949 的史實不等於事實 [1861-1949 : les évènements historiques n’équivalent pas toujours à la réalité]

Ce deuxième tome poursuit l’histoire de Taïwan jusqu’à l’occupation japonaise tout au long de onze chapitres fortement axés sur des aspects sociaux parfois inattendus. Ainsi un chapitre est consacré à la tradition des pieds bandés à Taïwan. Un autre s’attache au port de la natte mandchoue et de sa disparition progressive avec la modernisation et la nipponisation de la société, les Japonais traitant avec dédain les porteurs de nattes d’esclaves à la queue de cochon (豬尾奴). D’autres chapitres moins anecdotiques révèlent la terrible situation sanitaire de Taïwan jusqu’à l’arrivée des missionnaires étrangers puis de l’occupant japonais. Est également traité en profondeur ce terrible fléau qu’était l’opium, mal auquel les Japonais s’attaqueront en apparence mais dont ils tireront surtout profit.

Taïwan, la belle île des Portugais était connue des Chinois comme la terre pestiférée, la terre aux miasmes (瘴癘之地) et les Japonais y voyaient l’île aux démons (鬼界之島). Les occupants successifs, Hollandais, troupes de Koxinga (Koxinga lui-même mourut du paludisme quelques mois après avoir chassé les Hollandais), Chinois, Anglais et Japonais virent leurs rangs décimés par le paludisme et autres fièvres tropicales. Nombres de Hollandais avaient renoncé à s’y établir et préféré reprendre le bateau pour Batavia. Pourtant, en envahisseurs prévoyants, ils avaient un an avant de s’installer envoyé une équipe médicale juger des conditions sanitaires. Elle avait conclu de l’excellente hygiène des aborigènes dont l’habitat propre, surélevé et espacé était une barrière contre la propagation des épidémies. Cela n’empêcha pas bon nombre de nos Hollandais de tomber malade (mais aussi de contaminer de leurs propres virus les populations aborigènes non immunisées). Plus tard, les fonctionnaires chinois souffriront également des fièvres taïwanaises et, déjà fort soulagés que leur famille n’ait pas été autorisée à les accompagner (afin de les détourner de tout désir d’enrichissement personnel durant leur charge), ils ne devront leur survie qu’en quittant l’île souvent avant le terme de leurs trois ans réglementaires.

La médecine n’existait pas à proprement dit. Au plus recourait-on à des guérisseurs ou aux dieux des temples ou bien se soignait-on à l’opium considéré alors comme un remède, ce qui rendra son éradiction plus difficile encore. Les missionnaires formeront les premiers médecins. Le célèbre George Mackay – qui lui n’était pas médecin – formera des arracheurs de dents. Il est vrai qu’ayant à son actif plus de 21 000 dents arrachées en 30 ans de carrière, il peut se targuer d’être le père de l’hygiène buccale taïwanaise ! Ce sont les Japonais qui œuvreront le plus à la formation médicale, en commençant par rendre attractive cette profession alors déconsidérée car trop souvent exercée par des charlatans.

Le chapitre consacré à la lutte contre la consommation d’opium est aussi passionnant que celui traitant de l’histoire médicale. On y apprend que les Japonais voyant en la colonisation de Taïwan un gouffre financier (certains de leurs dirigeants ne préconisaient-ils pas de vendre l’île aux Chinois, à qui ils l’avaient pourtant prise, ou même … aux Français très intéressés par la région !) avaient jugé opportun de s’enrichir en s’arrogeant le monopole de la vente de l’opium à Taïwan. Théoriquement seuls les consommateurs déjà dépendants et reconnus officiellement comme tels par une inscription à l’entrée de leur demeure y avait droit. La vente à toute autre personne était interdite. La vente à des Japonais était punie de peine de mort. Dans la réalité la consommation de cette drogue augmenta avec l’instauration du monopole. Il faudra pour éradiquer ce fléau la prise de conscience dans la population de la nocivité de l’opium et l’intervention des premiers médecins taïwanais dont le célèbre Tu Tsungming (杜聰明). Les premières campagnes de désintoxication furent un succès facilité par le fait que l’opium du Bureau du monopole était largemement frelaté.

Enfin, on ne peut clore cette présentation sans parler du dernier chapitre de cet excellent ouvrage. Après avoir rappelé que les visées du Japon datent de bien avant le traité de Shimonoseki de 1895, l’auteure s’attelle à démontrer dans une étude des relations entre la Chine et le Taïwan sous occupation japonaise que le réel enjeu de cette colonisation était de faire de Taïwan un pont vers la Chine du Sud en général et l’île de Hainan en particulier. Taïwan devait être à la fois le modèle et le point de départ commercial (en partie grâce à la diaspora taïwanaise en Chine) (note), financier (ouvertures de succursales de la toute nouvelle Banque de Taïwan) et culturel (création d’écoles de japonais) de l’expansion nippone dans cette région.

Note: Par le traité de Shimonoseki, les Japonais s’étaient engagés à donner la possibilité aux Taïwanais qui n’approuveraient pas la colonisation de quitter Taïwan en emportant leurs biens. Ils avaient pour cela un délai de deux ans. En profitèrent principalement des familles aisées ayant des propriétés en Chine ou bien des Taïwanais ayant passé les examens chinois, examens devenus d’aucun recours dans l’administration japonaise. 

 

 

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