Titre : 天橋上的魔術師 (le Magicien sur la passerelle) (2011)

Auteur : 吳明益 (Ming-yi WU) (1971~)

 

Les galeries Chunghua (中華商場) étaient un ensemble de huit bâtiments de trois niveaux alignés à l’avant sur l’avenue du même nom et à l’arrière directement sur la voie ferrée  desservant la gare de Taïpei. Ces bâtiments édifiés en 1961 étaient reliés deux à deux par de courtes passerelles. Ils constituaient le premier centre commercial de Taïpei, lieu incontournable de la vie commerçante et des sorties dominicales durant les années 60 et 70. On s’y donnait rendez-vous pour se promener le long des échoppes en attendant de se rendre au cinéma, pour s’acheter une veste chinoise matelassée (綿敖) quand venaient les rigueurs de l’hiver de Taïpei, on s’y retrouvait pour partager un bol de nouilles dans un des innombrables bouibouis ou bien se délecter des raviolis frits (鍋貼) et des petites tourtes au boeuf (牛肉餡餅) du fameux restaurant Dianxin Shijie (點心世界, le monde des dimsum) qui malheureusement ne retrouva jamais sa splendeur d’autrefois après la destruction des galeries en 1992. La jeune mariée y cherchait sa parure, le mélomane des enceintes gigantesques construites sur mesure, le lycéen son uniforme et l’homme d’affaires enrichi le dernier modèle de Rolex. Quant aux échoppes, elles étaient minuscules et  servaient souvent de logement au commerçant et à sa famille. Il n’était d’ailleurs pas rare de voir une grande cage de bois suspendue au plafond à mi-hauteur accessible par échelle et servant de chambre à coucher. Pour toutes commodités, les toilettes publiques en début de galerie à chaque étage.

Le Magicien sur la passerelle nous conte la vie de ce microcosme à travers les yeux de ses jeunes habitants, dont l’auteur alors âgé d’une dizaine d’années. Les galeries constituent le terrain de jeu, de débrouille et de survie de ces gamins pas toujours gâtés par la vie : pauvreté, violence familiale, suicide, alcoolisme, accident mais aussi entraide, dévouement, amitiés indéfectibles et premières amours sont le lot de ces jeunes Taïwanais qui prennent tour à tour la parole au fil des dix nouvelles constituant ce recueil.

L’unité entre ces nouvelles est renforcée par le personnage récurrent du magicien offrant ses tours aux badauds sur une des passerelles des galeries. Il est le symbole de la part de rêve, d’imagination et du désir d’évasion des jeunes habitants des galeries Chunghua.

Le récit ne se limite pas à une narration tout en malice des espiègleries, des peurs et des doutes de ces jeunes poulbots taïwanais. En choisissant de leur faire raconter leurs souvenirs alors qu’ils sont parvenus à l’âge adulte, l’auteur nous emmène 20 ou 30 ans plus tard, à la découverte de leurs réussites et leurs échecs dans une société évoluant sans doute trop vite.

Le Magicien sur la passerelle a été traduit en français par Gwennaël Gaffric (2017, L’Asiathèque)

Ming-yi Wu est docteur en littérature chinoise et enseigne à l’université Dung Hwa à Hualien, Taïwan. Ecrivain majeur de la nouvelle génération, c’est aussi un activiste environnementaliste auteur d’une parabole écologique fort remarquée, 睡眠的航線, traduite en français également par Gwennaël Gaffric : Les Lignes de navigation du sommeil (Paris, You Feng,2012).

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