Titre : 膜 (Membranes) (1996)

Auteur : 紀大偉 (Chi Ta-wei) (1972~)

Oeuvre de science-fiction, « Membranes » nous relate un 21e siècle qui vit les populations  humaines se réfugier dans les fonds sous-marins. La destruction de la couche d’ozone libéra les ultraviolets du rayonnement solaire et la vie sur la couche terrestre devint impossible. Les hommes durent percer la membrane de la terre — une membrane à l’image de la mince couche de cire recouvant une pomme — et reconstruire leurs métropoles au fond des mers et océans. Seuls survivent sur terre des armées en constantes rivalités ainsi que quelques aventuriers ou chercheurs scientifiques. Quant aux rares touristes, ils ne s’y aventurent que protégés de lourds scaphandres.

Le sida a enfin put être éradiqué grâce à la vaccination. Le fléau de l’époque est devenu le cancer de la peau. Les progrès scientifiques ont permis l’invention d’androïdes, créatures intermédiaires entre l’être humain et le robot. L’androïde est construit à l’image de son maître. Il le sert mais constitue aussi un réservoir d’organes pour le cas où son maître serait victime d’accident, de maladie ou simplement désirerait rajeunir.

Nous découvrons Momo, jeune trentenaire, esthéticienne de renom mais vivant recluse en dehors de ses activités professionnelles. Momo qui recouvre ses clientes d’une fine membrane lui permettant de revivre à distance leurs expériences demeure un personnage mystérieux dont l’auteur ne nous livre les souvenirs que chichement, au compte-gouttes, tout au long du livre : une grave maladie dans l’enfance, un isolement médical, une opération chirugicale de grande envergure englobant un changement de sexe, la disparition d’Andy, l’androïde auquel Momo était fortement attachée, ses relations distantes, voire inexistantes avec sa mère, ou encore avec l’amie intime de celle-ci ainsi qu’avec une troublante cliente japonaise. Ces quelques indices égrénés sur les trois premiers quarts de l’ouvrage nous laissent trop longtemps sur notre faim, d’autant plus que Momo vit dans un univers dénué de toute chaleur humaine — elle ne fera preuve d’affection ou de compassion qu’à l’égard de deux androïdes, celui de son enfance et l’androïde du « tondeur de pelouse » destiné à disparaître en fusionnant avec le corps de son maître — et il faut beaucoup de patience pour parvenir à la toute fin de l’ouvrage et qu’enfin tous les morceaux du puzzle s’embriquent, que tout s’illumine, même les nombreuses références littéraires et cinématographiques, et que nous soit révélé de manière magistrale le secret de Momo.

En ce 21e siècle imaginé par Chi Ta-wei l’homosexualité est devenue la norme mais « Membranes », roman de science fiction, plus qu’un roman gay ou queer est avant tout une réflexion générale sur l’identité, sur les rapports humains — en particulier à une époque où les créatures androïdes paraissent souvent plus douées de sentiments que leurs maîtres — et sur la fragilité et l’inanité du corps humain face aux puissantes capacités du cerveau à créer la vie.

Chi Ta-wei est diplomé de langues et littératures étrangères de l’Université nationale de Taïwan et docteur en littérature comparée de l’Université de Californie de Los Angeles. Il enseigne à l’Université nationale Chengchi de Taïpei. Son oeuvre littéraire porte sur les les thèmes du féminisme, de la science-fiction et de la littérature queer dont il est un des meilleurs représentants taïwanais aux côtés, entre autres, de Qiu Miaojin (邱妙津) auteure précocement disparue de Notes d’un crocodile.

Le présent ouvrage a été traduit en français : Membrane (膜, Mo, 1996), traduction de Gwennaël Gaffric, L’Asiathèque, 2015 ; Le Livre de poche, 2017. On en trouvera une présentation dans Lettres de Taïwan, présentation à laquelle je dois la découverte de cette belle lecture en chinois !

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