Titre : 汪洋中的一條船 (un Navire dans l’océan) (1973)

Auteur : 鄭豐喜 (Tseng Fengxi) (1944-1975)

Cette autobiographie fait partie des oeuvres édifiantes que se doit d’avoir lues tout adolescent taïwanais. Véritable célébration d’une farouche volonté de survivre dans l’adversité la plus cruelle, elle est une leçon de vie d’un être doublement victime du destin : né dans une famille d’une extrême pauvreté, l’auteur souffrait d’une malformation congénitale des deux jambes qui le condamnait à se déplacer en rampant au sol. Il devra à sa forte détermination de vaincre misère et handicap, deux obstacles à l’instruction en cette époque où les écoles demeuraient inaccessibles aux enfants des couches sociales les plus pauvres et fort peu désireuses de ternir leur image de marque en acceptant un infirme difforme. Sa ténacité vaudra à Tseng Fengxi de parvenir à des études universitaires.

« Un navire dans l’océan » sera son unique oeuvre littéraire, ouvrage récompensé de nombreux prix et dont la parution sera préfacée par tout ce que l’époque comptait de personnalités, à commencer par l’ancien président Chiang Ching-kuo, alors chef du Yuan exécutif. Tseng Fengxi décédera jeune, à l’âge de 31 ans, la santé minée par les conditions difficiles endurées dans son enfance, mais il laissera derrière lui une fondation d’aide aux enfants handicapés, confiée à sa mort à son épouse et ses deux filles.

« Un navire dans l’océan » est structuré en une succession de courts chapitres. Il s’agit d’autant de souvenirs, de tranches de vie qui vont de la plus tendre enfance de l’auteur à l’âge adulte.  A sa naissance, sa mère découvrant son handicap voulut lui épargner dès son premier souffle une vie de malheurs et il ne dut qu’à l’intervention d’une tante de rester en vie. Tout jeune, il fut « confié » à un bonimenteur et se prit d’affection pour son singe Lili. A huit ans, alors qu’il était de retour chez ses parents, il choisit de fuir le regard méprisant des autres et s’exila dans la montagne, s’y  consacra à l’élevage de poulets et de canards. Rarement à mes yeux un roman taïwanais a décrit des conditions de survie aussi dures et primitives : vie dans une hutte sommaire, dérisoire protection contre les éléments naturels ; nourriture frustre composée principalement de lamelles de patates douces séchées (地瓜簽) ou d’escargots ramassés au petit matin ; solitude, isolement et résignation devant la maladie.

L’autobiographie de Tseng Fengxi n’est pas seulement l’histoire d’un jeune handicapé qui se bat pour ne pas être considéré comme un rebut de la société. C’est aussi une chronique authentique et souvent très cruelle de la vie des paysans taïwanais miséreux lors des premières années de la rétrocession de Taïwan à la Chine.

Concluons par une note amusante en relevant une expression qui ne manqua pas d’intriguer notre jeune Fengxi, expression évoquant la mort : 「 去蘇州賣鴨蛋」soit en français aller vendre des oeufs de cane à Suzhou (Soochow). Ne demandez pas aux habitants de cette ville chinoise la signification de cette expression obscure, ils l’ignorent sans aucun doute. Il s’agit en fait d’une déformation phonétique en mandarin d’une expression taïwanaise :  「土丘要鴨蛋」jeter des coquilles d’oeufs de cane sur le tumulus (d’une tombe), 土丘 étant devenu 蘇州 par proximité phonétique ! Les Taïwanais lorsqu’ils se rendaient nettoyer les tombes, emportaient pour se donner des forces des oeufs de cane, plus gros et plus nourrissants que les oeufs de poule, et ils en jetaient les coquilles sur le tumulus des tombes. D’où cette expression inattendue.


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