Titre : 小寡婦 (les Petites veuves) (1975)

Auteur : 黃春明 (Huang Chunming) (1935~)

Alors que tant de nouvelles de Huang Chunming ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques, il est surprenant que ce ne soit pas le cas, à ma connaissance, des « Petites veuves ». Cette nouvelle plus longue que la plupart des nouvelles de Huang Chunming est également plus riche de rebondissements tant les aspects sociaux et humains, économiques et commerciaux, historiques et même internationaux y sont variés et complexes.

Tout débute en 1968 alors que les Américains décident de faire de Taïwan la base arrière de repos – et de débauche – de leurs militaires engagés dans le conflit vietnamien. Aubaine pour les pubs taïwanais et leurs entraîneuses. L’un d’entre eux, le « Lucy » va bénéficier de surprenantes innovations nées de l’audace marketing d’un Taïwanais de retour des Etats-Unis à qui rien n’échappe de la psychologie des Américains en général et de leur GI en particulier.

Désormais « le Lucy » s’appellera « les Petites veuves » ; ses entraîneuses abandonneront leur tenue occidentale pour porter des qipao ; finies également les attitudes et manières exagérément occidentales, ces jeunes femmes qui évoluent dans un décor traditionnel de paravents et mobilier chinois joueront dorénavant les jeunes veuves inconsolables et essolées à la contenance toute en retenue et en pudeur … afin de mieux aguicher le client envouté par cette rencontre avec une Chine traditionnelle et mystérieuse si conforme aux stéréotypes occidentaux.

Cette histoire aux nombreux acteurs et aux multiples péripéties aborde de nombreux thèmes tels le traumatisme des soldats américains durant la guerre du Vietnam, la vie affective des prostituées taïwanaises éprouvant souvent une réelle tendresse, quand elles ne rêvent pas d’une durable idylle, pour ces jeunes GI américains que la guerre a partiellement détruits mais pas totalement mûris, ou encore le mal-vivre des enfants nés de ces unions mixtes sans lendemain avec des GI souvent noirs américains. Personne n’échappe à l’humour de Huang Chunming, ni les Taïwanais de retour des States s’exprimant dans un charabia de chinois mêlé de termes anglais, ni les deux mères maquerelles, Madam Hsie et Madam Chen (en chinois dans le texte  馬達母謝,馬達母陳), ni les entraîneuses qui s’initient à l’anglais et à l’histoire (ou bien devrait-on dire l’absence d’histoire ?) des Etats-Unis, ni les jeunes GI chantant à tue-tête we shall overcome et s’endormant piteusement dans les bras des prostituées, ni même les journalistes japonais appareil-photos au cou, toujours a l’affût d’un scoop.

Deux années passent. Nous sommes en 1970. Le pub « Les Petites veuves » après quelques concessions aux nécessités commerciales est devenu une entreprise florissante. Pourtant notre expert en marketing et en GI américains sent déjà venir l’inévitable désengagement américain du Vietnam et décide de s’envoler vers une nouvelle aventure commerciale, celle de la spéculation immobilière que le boom économique des années 70 annonce fort prometteuse.

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