Titre : 臺灣人三部曲二:滄溟行 [Trilogie « les Taïwanais », tome 2 « Cang Ming Xing »] (1976)

Auteur : 鍾肇政 (Chung Chao-cheng) (1925-)

Le titre de ce deuxième volume est tiré d’un poème que se remémore le jeune héros du livre alors qu’il embarque à destination du Japon : « la baleine géante brise les flots bleus de l’océan… » (巨鯨破滄溟…). Ce vers clôt le livre. Le recours à la transcription phonétique comme titre anglais est attesté dans le travail d’un chercheur taïwanais : http://lawdata.com.tw/tw/detail.aspx?no=40958

Ce deuxième tome, à l’instar des deux autres, est un véritable pavé de 10 à 15 heures de lecture. L’auteur y fait une fois de plus la preuve de son extraordinaire connaissance historique de l’époque qu’il s’agisse de la vie des Taïwanais ou bien de celle des colonisateurs japonais, tout cela sur fond de revendications paysannes. Les deux personnages principaux de ce roman sont deux frères de la famille Lou. Cette continuité dans la lignée familiale n’est pas un obstacle à la lecture des trois tomes qui peuvent être abordés sans connaissance du ou des précédents.

Les frères Lou sont très différents l’un de l’autre. L’aîné Lou Wei-dung (陸維棟) formé à l’école japonaise enseigne la langue nationale (le japonais) et s’accommode assez bien de la présence du colonisateur japonais même s’il déplore l’inégalité de traitement entre les professeurs d’origine taïwanaise et leurs collègues venus du Japon (note : ce thème est également longuement abordé dans le livre « Orphelins de l’Asie », précédemment présenté). Son jeune frère Lou Wei-liang (陸維樑) n’a pu suivre d’aussi brillantes études malgré de remarquables dispositions, et cela pour des raisons pécuniaires, la famille Lou n’ayant plus l’aisance des générations précédentes, en raison nous l’avons vu, des représailles japonaises à l’égard de cette famille de résistants. Nous suivrons donc le jeune frère à Taïpei, employé dans une librairie japonaise. Ses employeurs, un couple de Japonais, l’initieront à la lecture d’ouvrages sur l’égalité sociale et la démocratie et le pousseront à passer les examens qui lui permettront peut-être un jour de suivre des études de plus haut niveau, au Japon particulièrement. Notre jeune Lou s’éprendra également de la jeune fille de ce couple, mais la bienveillance des parents japonais n’ira pas jusqu’a tolérer le mariage de celle-ci avec un autochtone.

De retour dans son village natal, Lou Wei-liang s’opposera plus que jamais à la passiveté et à la soumission de son frère aîné et s’insurgera contre les conditions de vie des familles paysannes. Il prendra ainsi la tête de mouvement de revendications paysannes, aidé en cela par deux figures historiques importantes de la résistance au Japon (簡溪水,林停鹿) dans les années 20 et 30. Ce tome deux décrit à l’aide de nombreux détails historiques les mouvements ruraux et l’attitude des autorités japonaises, oscillant entre la violence dissimulée envers les contestataires détenus dans leur geôles et paradoxalement un très grand respect des lois qu’ils se sont eux-mêmes imposés. Ainsi deux aspects caractérisent les mouvements paysans : la non-violence imposée par l’inégalité des forces en présence et la connaissance approfondie des lois mises en place par le colonisateur, pour mieux prendre les Japonais au piège de leur propre système judiciaire : garanti par exemple de la limitation des détentions provisoires ou bien droit d’expression libre en place publique, ou encore droit d’adresser des doléances à l’Empereur du Japon. Il est manifeste dans ce deuxième livre que l’heure n’est plus à la lutte armée face à un Japon envahisseur mais à la résistance pacifique face à un colonisateur désireux de tempérer pour éviter toute explosion sociale.

Ce récit, à l’instar des deux autres tomes, ne serait pas complet sans bien entendu une romance, en l’occurence celle de notre jeune héros Lou Wei-liang déchiré entre la passion de la fille de ses employeurs japonais et l’affection et la dévotion d’une jeune servante, promise à lui depuis toujours par sa mère qui ne voit pas d’un bon oeil une éventuelle alliance familiale avec une Japonaise.

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